Récital Robert Schumann à la villa Viardot
Françoise Thinat vient d’éditer un disque « En chemin » qui réunit les pièces de Robert Schumann qui ont marqué sa vie de pianiste : un enregistrement de novembre 2025 des variations Abegg op.1, les Études symphoniques et variations posthumes op.13 ainsi qu’un enregistrement de jeunesse remastérisé de 1967 du Carnaval op.9 et la sonate op. 58 de Frédéric Chopin.
Les Amis de Georges Bizet sont très honorés de pouvoir inviter cette grande dame du piano qui nous propose une synthèse artistique issue des écoles de jeu romantique de Marguerite Long et Alfred Cortot ainsi que de son expérience de la création contemporaine (notamment la sonate de Barraqué) nourrie de ses écoutes attentives du concours international de piano contemporain d’Orléans qu’elle a créé.
27 septembre 2026, 15:00 – 16:15 | Récital Schumann Françoise Thinat
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Récital Robert Schumann par Françoise Thinat à la villa Viardot
Programme
Variations Abegg op.1
Thema - Animato, Variations 1,2,3, Cantabile, Finale - Alla fantasia
Études symphoniques op.13
Thema - Andante, Un poco più vivo, Espressivo, Vivace, Allegro marcato, Scherzando, Agitato, Allegro molto, Sempre marcatissimo, Presto possibile, Con energia sempre, Con espressionne, Finale - Allegro brillante
Variations posthumes op.13
Thema - Andante, Variations 1,2,3,4,5
Présentation
Variations Abegg
S'envoler avec le thème des Variations Abegg tient du miracle : thème léger et questionneur, un peu en appel et en interrogation, battements de la main gauche en accompagnement régulier certes, mais vivant et dansant. Et puis ces cinq notes (A-la; B-si E-mi; G-sol, G) chantées tout simplement, miracle offert de gaieté et de générosité, sont redites à mi-vois, répétées en sourdine mais sans effet académique, fredonnées en quelque sorte.
Et vient alors la réponse aux premières mesures, réponse plus affirmée et appuyée avec assurance sur le premier temps ; et là aussi, en écho, une redite fantôme et un accord un peu ironique, presque de guitare...
Le très jeune compositeur s'engage alors, dans la première variation, sur le chemin d'une virtuosité brillante, consentie par l'interprète qui doit y mettre tout son coeur, et brusquement contredite dans son aboutissement par un arpège assez surprenant. Tout au long de la variation, les syncopes abondent, les accents se dérobent, les contrastes se multiplient... Les jeunes élèves de Friedrich Wieck ont dû bien s'amuser en déchiffrant cette partition, si loin des thèmes et variations de Chopin ou Mendelsshon, pourtant si admirés par Schumann. La jolie Ernestine, bien-aimée temporaire et première dédicataire de l'oeuvre, a peut-être participé aux séances de déchiffrage, et les doigtés et les pédales sont probablement de la main de Clara : ils accentuent à plaisir les décalages et le syncopes, et surtout le "jeu des contraires" polyphonique, avec une liberté extraordinaire de la main gauche.
Le frémissement qui accompagne les voix de la deuxième variation, dialogue émouvant et sincère, se retrouve dans bon nombre d'oeuvres de Schumann, et en particulier dans la dernière variation des Études symphoniques, où l'échange passionné aboutit à un Finale éclatant en ré bémol majeur.
En contraste également, mais si différent, pour la troisième variation, j'ai choisi un tempo relativement modéré pour dérouler ce magnifique ruban de six doubles croches égales, mais sujettes à des sautes d'humeur, découvrant d'une main à l'autre des "Pays étranges", exemple de ce que Rémy Stricker appelle le "vagabondage merveilleux des Abegg".
Après un accord réconciliateur, la variation quatre déploie toutes les ressources d'une cantatrice de l'époque, telle la si belle et talentueuse Wilhelmine Schröder-Devrient, amie très proche du couple Schumann. Il y a peut-être un peu d'humour dans cette variation, mais pas d'exagération, et une maîtrise de la grande diva : une facilité dans les traits, des appuis décalés et une "cadence" sans académisme mais brillamment interrogative.
En "Finale alla fantasia", le rappel du thème, le vagabondage à nouveau, mais plus agité : le pianiste conclut en virtuose, très à son affaire - arpèges, marches harmoniques - on va vers une conclusion brillante... et tout bascule sur un rappel fantomatique du thème, une sorte de glissement dans l'inconnu... et puis une code légère, sans appuis, qui file comme un nuage et s'évanouit sous les doigts.
Études symphonies et variations posthumes op.13
Pour les Études symphoniques, elles représentent mon premier travail sous la direction d'Yvonne Lefébure : ses emportements et ses moments de furie, et puis son amour de la musique et cette façon de parler Robert et Clara comme s'ils étaient là, avec nous, vivants et aimants.
Je reste persuadée que Robert Schumann a voulu, avec cette oeuvre, aller à la limite de son art. Elle est peut-être moins spontanée que la Fantaisie op.17 : il l'a voulue réussie. Sa rencontre avec Chopin, qui venait de faire paraître ses propres études (1830), a peut-être déterminé le nom d'études en lieu et place de variations, ainsi que la vélocité et les "prises de risque" de certaines d'entre elles.
Le mot "symphonique" dit bien l'ambition orchestrale, mais dès le thème tout parle : les voix se divisent, les timbres sont contrastés, les instruments sont concertants mais aussi personnalisés, avec leur couleur et le déroulé de leur propos.
Une première variation un peu "compagnon de David" et "marche en guerre" est suivie d'une vraie musique d'âme, un dialogue, mais cette fois soutenu par beaucoup plus qu'un frémissement : un véritable accompagnement chaleureux et enveloppant.
La pianiste que je suis se plaît à évoquer, pour la troisième "étude", le mouvement central de l'Étude de Chopin op.25 n°5 : même légèreté de la main droite et chant exalté confié à la main gauche. On repense aux témoignages de Schumann confiant son exaltation après la rencontre avec Chopin.
Mais l'étude ou variation suivante nous remet dans l'univers fantastique de Schumann - ou peut-être de Hoffmann - cette petite armée lointaine qui approche inexorablement, ces accents décalés, cette marche des guerriers aboutissant à une sorte de danse entre les deux mains, sur un rythme approximativement de forlane.
Deux pages passionnées, énergiques, formidablement abouties, nous amènent à la plénitude d'une sorte de fugue, au déroulement presque classique, un questionnement et une réponse utilisant tous les registres d'un grand orgue romantique, mais immédiatement contredit par cette féerique variation que Gabriel Fauté saura si bien rappeler dans son thème et Variations : fuite magique, rapide et proche de l'évanouissement subit - Puck ou Ariel...
La variation qui suit est énergique et dans concession, et puis l'une des plus belles pages de Robert Schumann : on retrouve le frémissement qui accompagne l'élan irrésistible de deux voix, profondément sensibles et passionnées...
À mon grand étonnement, les musicologues ne se penchent pas assez sur le déroulement du finale en ré bémol majeur, qui éclate à ce moment : un peu exagéré, et pas loin des bourgeois de Rembrandt (La Ronde de nuit), ou des fastes de La grande Ménestrandise de Couperin, avec les mêmes débordements, avancées joyeuses et retours en arrière... un peu aussi du "pomposo" debussyste.
Le mystère des variations posthumes reste entier, et le mot "posthume" assombrit notre vision. Pourquoi posthumes, ces variations dont tout le monde - et notre mode actuel - reconnaît la géniale puissance d'évocation ?
Peut-être jugées par son auteur, son entourage, Clara elle-même, et l'ami Brahms, soucieux de l'image de Robert, comme indignes de paraître en regard de la réussite indiscutable des "vraies" études.
Dès la première variation, on se retrouve plutôt dans le domaine de l'improvisation : rien de ce qui est joué n'est semblable à ce qui précède.
On est loin d'un simple accord suspendu ou d'une pirouette comme pour Abegg : non, c'est le bateau entier qui vire de bord, sans explication. L'appel est interrompu, pas de transition ni d'explication : on entre un peu en transe... la raison n'est pas au rendez-vous.
Et même la quatrième variation, qu'on a parfois rapprochée des nocturnes de Chopin, ne cherche pas à nous convaincre grâce au phrasé bouleversant mais totalement maîtrisé du grand Polonais : non, c'est pas à pas et avec une dangereuse émotion qu'on s'approche de pays décidément très lointains, avec une main gauche aimante et plus hésitante et émue que directrice...
L'aboutissement est un ré bémol majeur qui nous ouvre la voûte céleste du troisième mouvement de la Fantaisie : monde céleste, irréel et magique, tendre assurément - en tous cas, celui de l'enfant Schumann.
Françoise Thinat.
(extrait du disque de François Thinat "Un chemin" - CHOPIN - SCHUMANN qui sera en vente au concert)
Biographies
Françoise THINAT, pianiste (techniques des écoles de Marguerite Long et Alfred Cortot)
Françoise THINAT a suivi les cours d’interprétation de Marguerite LONG, Georges TZIPINE, Louis FOURESTIER, Guido AGOSTI après avoir travaillé avec Yvonne LEFEBURE et Germaine MOUNIER au CNSM de Paris. Ella a obtenu plusieurs distinctions internationales, Barcelone, Paris, Genève.
Elle a donné de nombreux concerts en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, au Japon, en Corée, a dirigé des cours d’interprétation en France et à l’étranger.
Elle a enregistré en soliste et en duo avec Jacques BERNIER : Chopin, Schumann, Dukas, Grieg, Séverac, Debussy, Ropartz, et réalisé de nombreux enregistrements en direct à Radio France dont la première exécution publique de la sonate de Jean BARRAQUE.
Interprète passionnée du répertoire français des XIX eme et XXeme siècles, elle a également créé de nombreuses compositions contemporaines. Elle a participé à l’écriture de nombreux documents et articles, en particulier : « 10 ans avec le piano » (Cité de la musique) et a inspiré la création de plusieurs évènements : « Stage de piano Déodat de Séverac », St Félix de Lauragais, « Juillet à Orléans » stage de piano, festival dédié au violoncelle « Août en Orléans ». Créatrice de la saison de concerts « Matinées de piano » qui se déroule chaque année salle de l’Institut à Orléans, elle est également Fondatrice du Concours International de Piano d’Orléans dédié au répertoire pianistique de 1900 à nos jours et du concours junior Brin d’Herbe. Françoise Thinat est membre de nombreux jurys nationaux et internationaux, elle a enseigné au CRR de Toulouse et au Conservatoire d’Orléans ainsi qu’à l’Ecole Normale de Musique de Paris.
Elle est actuellement fondatrice et présidente du fond de dotation « Galaxie-y ».
Elle a reçu le Prix de l’Enseignement Musical des Éditeurs Français de Musique et a été nommée officier de l’Ordre des Arts et des Lettres.
Informations complémentaires
| Tarifs | Plein tarif, Tarif réduit, Tarif adhérent, gratuité |
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