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La propriété des Frênes à Bougival

1. Situation

La propriété des Frênes est située à Bougival sur la Colline des Impressionnistes, à 7 kms de la Défense, à l’intérieur du Parc classé de la Jonchère d’une superficie de 20 hectares. On y accède par une voie débouchant sur la D 113 (rue Ivan Tourgueniev) à l’endroit où celle-ci longe la Seine. La Maison où Georges Bizet écrivit Carmen est située en face.

2. Historique

La Propriété des Frênes qui comprend la Villa Viardot et la Datcha de Tourgueniev est l’une des plus anciennes demeures de Bougival. A l’origine, les terrains de cette propriété font partie du Domaine de la Chaussée, appartenant à la Famille de Mesmes. Le Château de la Chaussée domine les bords de Seine à peu près à l’emplacement de l’actuel hôtel Holiday Inn.
En 1813, Madame de Mesmes cède à l’Impératrice Joséphine, propriétaire du Domaine de la Malmaison qui s’étend sur plus de 700 hectares, son Domaine de la Chaussée.

L’année d’après, Joséphine meurt et sa fille Hortense de Beauharnais, ex-reine de Hollande et mère du futur Napoléon III, en hérite. Mais, après la défaite de Waterloo et la chute de l’Empire, elle est obligée de s’exiler et confie la gestion de son Château à un intendant qu’elle croyait honnête et qui ne l’était pas. Délaissé pendant de nombreuses années, le Château de la Chaussée tombe en ruines et sert petit à petit de « carrière de pierres » pour les constructions des environs. En 1829, le Domaine est loti et en 1830, Alexandre Bourdonné, parfumeur en gros à Paris achète les lots n°2 et n°3, d’une capacité d’environ 8 hectares.

Il fait construire une belle villa de style palladien, qui domine la Seine et la plaine de Croissy.

Ses ateliers sont situés dans des « dépendances » au milieu d’un magnifique parc qui descend jusqu’à la route longeant la Seine.

En 1844, à la suite d’un revers de fortune, Mr Bourdonné vend la propriété au Docteur Pierre Ségalas. C’est un médecin parisien très réputé, membre de l’Académie Royale de médecine qui a déjà une très belle propriété, en bord de Seine, en face de la Villa, à côté de la maison de Bizet, beaucoup plus modeste.

En 1874, le Docteur Ségalas vend le domaine à Ivan Tourgueniev pour une somme de 160 000 francs. Au terme du contrat de vente, Ivan Tourgueniev se réserve l’usufruit, et donne à Pauline Viardot la nue-propriété du domaine. Ils décident de l’appeler « Les Frênes », sans doute parce que cette espèce d’arbres est très présente dans le parc dessiné à l’anglaise. L’année suivante, pour continuer à vivre auprès de celle qu’il suit depuis 40 ans, Tourgueniev se fait construire une demeure, genre chalet, au-dessus de la maison principale, surnommée de nos jours, la Datcha Tourgueniev.

A Bougival, Pauline Viardot vit entourée de ses 4 enfants, Claudie, Marianne, Paul qui deviendra violoniste virtuose, et de sa dernière fille Louise qui sera plus tard, professeur au Conservatoire de Saint Pétersbourg. Avec son mari, Louis Viardot, traducteur d’Ivan Tourgueniev, de Gogol et de Cervantès, ils reçoivent beaucoup d’amis. L’osmose est d’ailleurs totale entre les deux maisons. Les amis des uns deviennent les amis des autres. Parmi eux, Maupassant, Alphonse Daudet, Renan, les Goncourt, César Franck, Saint-Saëns et d’autres encore font partie des habitués. Gabriel Fauré est souvent là, follement amoureux de Marianne…passion non partagée qu’il n’oubliera jamais.

Malheureusement, la vie simple et paisible aux « Frênes » va s’arrêter. Le décès de Louis Viardot survient le 2 mai 1883, et quelques mois plus tard, le 2 septembre 1883 celui d’Ivan Tourgueniev le 2 septembre 1883. L’année suivante Pauline Viardot décide de vendre, et quitte définitivement sa belle propriété des Frênes. Elle s’installe au 243 boulevard Saint Germain à Paris, où elle résidera jusqu'à sa mort en 1910.

Plusieurs propriétaires vont se succéder. Le dernier sera Michel Sabatier qui loue les Frênes à Gaby Morlay, actrice de théâtre renommée qui y restera près de 25 ans. En 1978, les créanciers de Michel Sabatier qui a dilapidé la fortune familiale, obtiennent la saisie du Domaine qui ne s’étend plus que sur 5,2 hectares. Il sera vendu aux enchères. La Ville de La Celle-Saint-Cloud s’en porte acquéreur pour la somme de 3.036.000 F.

Et c’est à ce moment-là que la saga de la propriété des Frênes commence.

3. Description

3. 1 La Villa Viardot

« Cette Villa de Pauline Viardot où tant d’ombres célèbres continuent de cheminer,
où un romantisme si raffiné est exhumé…»

Jean Daniel, Directeur du Nouvel Observateur


Façade Nord – Côté Seine

Ce pavillon a été construit dans un style Directoire d’une grande simplicité, qui rappelle les “folies” du siècle précédent. Ses dimensions sont relativement modestes (180 m2 au sol) mais on ne peut manquer d’être frappé par l’harmonie qui émane de l’équilibre de ses proportions et de ses lignes.

La façade, du côté Seine, s’orne d’un perron majestueux. Les triples baies qui s’ouvrent sur des niches, les fenêtres cintrées, les colonnes ioniques superposées, sont directement inspirées de l’architecture palladienne.

La toiture à quatre pans de faible pente est en zinc. Le bâtiment comporte deux murs de refend porteurs le divisant sensiblement en trois parties égales sur toute la hauteur.


Facade Sud - Côté colline - Entrée

 

 

L’entrée se situe au Sud, à l’arrière du bâtiment côté Colline. Le rez-de-chaussée, auquel on accède par un large escalier et un porche est presqu’entièrement occupé par trois salons communiquant par des arcades. L’ensemble est orné de délicates peintures de style pompéien et de gypseries imitées de l’antique. C’est la partie la plus noble de la Villa. Au-dessus, il y a deux étages qui ont sensiblement la même surface.

 

 


Côté est

 

 

 

Le 1er étage comprend trois pièces qui ont une vue magnifique sur la vallée de la Seine, une cuisine et une salle de bain. Le 2ème étage, destiné aux domestiques, comprend trois pièces sous comble.
- Un vaste sous-sol voûté où se trouvent une cave, une grande pièce avec une petite fenêtre servant d’atelier et une petite pièce où se trouve la chaufferie.
- Sur le côté Est du bâtiment, une terrasse de 40m2 surmonte un local d’une superficie identique.

 

 

 

 

 

 

Les peintures de style pompéien du rez-de-chaussée

3.2 La Datcha

Pour décrire cette “Datcha”, on peut reprendre le texte d’Eléna Blaramberg qui l’a visitée en 1876 : « Le chalet d’Ivan Serguéïévitch, gracieux, élégant comme un jouet, tout de bois gravé, me frappa. Le style suisse et le style russe s’alliaient de façon heureuse dans l’extérieur du refuge de l’écrivain et, à l’intérieur, tout respirait la simplicité sévère et le confort. »

Rez-de-chaussée : un salon de musique avec une large baie vitrée orientée vers la Villa Viardot qui débouche sur une terrasse - Une salle à manger - Un office - Un hall - deux W.-C.

 

 

1er étage : La chambre de Tourgueniev, dont la grande baie donne sur un vaste balcon et jouit d’une vue magnifique sur la vallée de la Seine - une bibliothèque qui servait de cabinet de travail à l’écrivain.
2ème étage : une chambre et un logement de gardien comprenant un studio avec coin cuisine et salle de bains.
Sous-sol : une cave avec chaudière.

Vers 1930, les balcons en bois, sculptés au XIXe siècle, sont remplacés par des balustres droits. En 1995, l’Association des Amis de Tourgueniev a invité un ébéniste du Musée Pouchkine de Moscou qui, avec l’assistance technique de l’Ecole Boulle de Paris, a reconstitué à l’identique les balustrades initiales, d’après le dessin qu’en avait fait Claudie Viardot en 1883. Soit 76 balustres en chêne de Biélorussie sculptés et installés par l’ébéniste, M. Stanislav Roubinsky.

N.B. : De nos jours la Datcha abrite un Musée, créé par Alexandre Zviguilsky, avec l’aide de la Municipalité de La Celle Saint-Cloud, de la DRAC et du Conseil Général. Il est géré par l’Association des “Amis d’Ivan Tourgueniev, Pauline Viardot et Maria Malibran” qui est propriétaire du mobilier et des collections. Le Musée a été ouvert en 1983.

La chambre, le bureau et le salon de musique d’Ivan Tourgueniev ont été minutieusement reconstitués. On y trouve beaucoup d’objets authentiques, tel le piano carré de Baden-Baden, un instrument rare sur lequel Clara Schumann et Brahms ont joué. Des documents très intéressants, tels que des manuscrits, livres, lettres échangées entre l’écrivain et toute l’intelligentzia de l’époque, sont également présentés de même que des objets concernant la famille Viardot et la Malibran. Ce petit Musée possède des éléments de très grand intérêt qui pourraient bénéficier des techniques muséographiques modernes pour en accroître encore l’attrait.

Des colloques, des expositions et des concerts y sont régulièrement organisés.

Les “Cahiers Ivan Tourgueniev” publient les études des spécialistes de la musique et de la littérature du 19ème siècle, ainsi que des documents inédits.

 

 

3.2 Le Parc

Adossé à la Colline des Impressionnistes, le Parc était à l’origine d’une superficie de 8 hectares, malheureusement il n’en reste de nos jours que 5,6 hectares. On y trouve des arbres centenaires magnifiques, des vestiges d’ouvrages d’eau et d’une roseraie, ce qui lui confère un charme particulier. Il est beau en toute saison et les nombreux oiseaux qui y ont élu domicile n’hésitent pas à se mesurer aux chanteurs et chanteuses lors des « Classes de Maîtres » données en la Villa par la grande Teresa Berganza. Lors des « Journées Carmen » en 2011, il a servi d’écrin au spectacle de Flamenco de « La Lupi ».

 

 

   

 

* Renseignements : Musée 01 39 18 22 30 - Office de Tourisme de Bougival 01 39 69 21 23

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